Les pauvres lombards (premiers vaudois)
Les vaudois sont un mouvement catholique conservateur, héritier des conciles francs, persécuté après la réforme grégorienne, et structuré par Pierre Valdo et non une secte sortie du chapeau de Valdo en 1170. Ils sont le résidu d'une orthodoxie carolingienne (celle des conciles de Francfort et de Paris) qui, marginalisée par la centralisation papale, s'est réfugiée dans les Alpes.
le Rescriptum (ou Responsiones) des Pauvres de Lombardie
Les Pauvres de Lombardie écrivent vers 1205-1210, en réponse à une lettre des Pauvres de Lyon (les disciples stricts de Valdo).
Ce document a été conservé dans un manuscrit inquisitorial et a été publié par l'historien allemand Kurt-Victor Selge dans son édition critique Die Texte der Waldensischen Häresie (1973).
Dans ce Rescriptum, les Lombards affirment "Nous n'avons pas à obéir à un marchand lyonnais, car nous étions là avant lui."
"Ils [les Pauvres de Lyon] veulent nous imposer leur 'majeur' [Valdo] comme chef. Mais nous avons reçu la prédication et la foi de nos pères, qui étaient dans ces vallées avant que ce marchand ne vienne prêcher. Nous ne devons pas obéissance à un homme qui est venu après nous dans la foi."
Les pauvres lombards revendiquent une origine ancienne antérieure à l'arrivée de Valdo dans leurs vallées.
Témoignage de l'inquisiteur Étienne de Bourbon (1250)
Un autre inquisiteur dominicain, Étienne de Bourbon (mort en 1261), dans son Tractatus de diversis materiis praedicabilibus, rapporte la même chose en des termes très clairs :
"Les Pauvres de Lombardie disaient qu'ils avaient la foi chrétienne avant que Valdo ne vienne à eux, et qu'ils ne devaient pas être soumis à sa règle, car ils étaient plus anciens que lui."
Étienne de Bourbon est hostile aux Vaudois, et il ne les croit pas. Mais il atteste que cette affirmation était couramment utilisée par la branche vaudoise des pauvres lombards dans leur controverse avec les disciples de Valdo.
Les traces de ce conflit entre les deux grands courants vaudois sont très intéressantes pour défendre leur tradition ancienne face à la réécriture de l'histoire qui s'est presque partout imposée comme quoi le mouvement vaudois serait une "hérésie" (départ des croyances catholiques) née avec Pierre Valdo alors que plutôt la structuration d'un mouvement conservateur catholique plus ancien qui luttait contre les innovations comme le purgatoire, les images, les superstitions ou aux nouvelles prétentions de la Papauté de Rome (qui ont aussi provoqué le schisme de 1054). Pierre Valdo n'est pas à l'origine du mouvement mais a joué un rôle restructurateur (qu'ils contestent en l'occurence).
La chronique du Codex de Dublin (manuscrit vaudois)
Les Vaudois eux-mêmes ont conservé des chroniques (comme le Codex de Dublin) où ils racontent leur propre histoire. Ces manuscrits, rédigés au XIVe siècle mais compilant des traditions plus anciennes, disent explicitement que les barbes (pasteurs) des vallées italiennes existaient avant que Valdo ne vienne leur apporter la traduction de la Bible. Ils affirment : "Nos pères vivaient dans ces montagnes, servant Dieu dans la pauvreté, bien avant que ce Lyonnais ne nous rejoigne."
Pour plusieurs branches vaudoises (surtout les « Pauvres de Lombardie »), Valdo était un frère important, mais ils ne voulaient pas être définis comme de simples disciples d'un marchand lyonnais mais affirmaient leur catholicité. La doctrine de Claude de Turin (iconoclasme, refus du purgatoire, méfiance envers la papauté) était parfaitement orthodoxe dans le cadre de l'Église franque des IXe-Xe siècles. Les vaudois lombards n'étaient pas des "hérétiques" nés avec Valdo, mais des conservateurs catholiques qui s'opposaient aux innovations romaines (images, primauté absolue, purgatoire). C'est la centralisation agressive de la papauté après 1075 (et surtout après 1184) qui a transformé ces conservateurs en dissidents, et qui les a poussés à se réfugier dans les Alpes et à fixer leur mémoire par écrit.