Ces galériens protestants étaient le produit d'une sorte de sélection, qui envoyait aux galères les éléments les plus engagés, parce qu'ils étaient les plus pieux du peuple huguenot.
Etrange et cruelle destinée que celle de ces hommes qui étaient l'élite morale de la France, accouplés sur des bancs d'infamie à d'autres hommes qui en étaient l'écume!
Les coups qui lacéraient le dos nu des huguenots galériens, furent un moyen de réveil pour ceux qui avaient abjuré pour échapper à la persécution. De nombreux forçats catholiques, et au moins un aumônier, l'abbé Bion, se convertirent à la foi protestante qui inspirait une telle constance. L'Esprit de Dieu sut se trouver, sur les bancs des galères, d'admirables prédicateurs de l'évangile et de fidèles témoins du Christ. Ces hommes de Dieu exerçaient une telle influence sur leurs compagnons de galère que les aumôniers catholiques épouvantés demandèrent qu'on les retire des galères. L'un après l'autre ils furent transférés dans les prisons du Chateau d'If, du fort Saint Nicolas ou à l'hôpital des forçats.
Le témoignage des galériens et prisonniers huguenots ne fut pas seulement en bénédiction à leurs compagnons de souffrance, il franchit les frontières pour proclamer la puissance de l'Evangile qui triomphe de toutes les oppositions. Cette influence fut grande pour le réveil des tristes restes des Eglises réformées de France. C'était un des thèmes favoris des prédicateurs du Désert ou du refuge d'opposer à la tiédeur de leurs auditeurs la ferveur et la constace de leurs frères galériens.
« Mes armes sont les larmes et les prières. Ma foi est faible et je suis un grand pécheur ; mais ce Dieu de bonté, l'asile des affligés, l'unique refuge des misérables, qui n'éteint pas le lumignon qui fume, qui ne brise pas le roseau cassé, aura pitié de moi et de mes grandes faiblesses ; il ne permettra pas que je sois confondu, parce que j'espère en lui ; avec la tentation, il m'en donnera l'issue. Je ne le quitterai point qu'il ne m'ait béni. »
source: L'âme des galériens pour la foi, Matthieu Lelièvre, Ed. la Cause